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Du griot au slameur : oralités anciennes, oralités urbainesDingues et mandingues

2008-10-18

Description : La tradition confère à Kuma, la Parole, non seulement une puissance créatrice, mais une double fonction de conservation et de destruction. C'est pourquoi elle est, par excellence, le grand agent actif de la magie africaine. Mais pour que la parole produise son plein effet, il faut qu'elle soit scandée rythmiquement, parce que le mouvement a besoin du rythme, lui-même basé sur le secret des nombres. Il faut que la parole reproduise le va-et-vient qui est l'essence du rythme. Dans les chants rituels et les formules incantatoires, la parole est donc la matérialisation du rythme. Amadou Hampaté Bâ, in "La parole, mémoire vivante de l'Afrique", Ed. Fata Morgana, 2008 Quelle est donc cette incongruité qui conduit des griots, des chanteurs mandingues du Mali, des compositeurs/improvisateurs français, des slameurs/rappeurs maliens et des slameurs français, à se rencontrer à Bamako et à Royaumont ? Que peuvent bien avoir à se dire des gens que la géographie (5.000 kms) et l’histoire (empire mandingue du XIIIe siècle vs Vercingétorix, et, au bout, la colonisation) ont toutes les raisons de séparer ? Entre l’oralité de la parole poétique au Mali, et la façon de penser la poésie de ce vieux pays de l’écrit littéraire et du droit romain qu’est la France, où va se nicher la faille ? Pour être agissante, nous dit Hampaté Bâ, la parole doit être scandée rythmiquement. Alors apparaît un autre sens, le sens du son. Bamako, mai 2008 : sur la scène du Centre culturel français, Ballaké Sissoko rejoint Dgiz. Il assoit sa grande taille, et ses longues mains fortes et délicates embrassent la kora. La kora, disent les Maliens, c’est l’instrument qui parle. Dgiz lance alors une de ces fusées verbales dont il a le secret, sur le Schlague, un texte sur un défoncé, qui oscille entre rythmes brisés et halètements désespérés, et qui a l’air d’une confession improvisée. Peu à peu, par touches successives, la kora s’insère entre les mots, jusqu’à épouser le rythme de la scansion et faire corps avec ce texte des déchéances urbaines. Et ceux qui auraient juré la kora trop musique du monde pour entrer dans cet univers se frottent les oreilles, en se demandant si tout compte fait, Ballaké et Dgiz ne se connaîtraient pas depuis vingt ans... La parole rythmique unit plus qu’elle ne sépare. Il y a chez Ballaké un héritier des anciennes sagesses de l’Afrique de l’Ouest, une culture royale dont la kora dit les raffinements. Il y a chez Dgiz, enfant d’une migration qui transplante les êtres, et qui a grandi à Gennevilliers, quelque chose de l’autodidacte fulgurant, qui retrouve par lui-même et par tâtonnements successifs la vérité de la parole. A un certain moment, Ballaké sait mettre cette culture héritée au service de cette parole nouvelle née dans les mégalopoles modernes. Et Dgiz, toujours plus exigeant avec lui-même, sait quitter les astuces du rap facile, prendre le risque de l’improvisation verbale dans le slam, se frotter au théâtre avec bonheur - et trouver le chemin de Ballaké. Du griot au slameur est donc conçu comme un chemin de la parole rythmique à la parole rythmique. Des oralités anciennes aux oralités urbaines. Des paroles de griots aux slameurs. Par carrefours successifs. Griots et kora. Kora et chorégraphe. Kora et sax. Griots et slameurs maliens. Orgue avec mots en délire au milieu. Enfin, tutti. Royaumont est un lieu de travail et d'expérimentation au service des artistes. Le projet de la Fondation Royaumont se caractérise par sa durée et donne priorité à la recherche, à la formation professionnelle et à la création. Les activités de diffusion, Document filmique d'un concerts, spectacles, rencontres, tournées, viennent compléter et prolonger ces programmes.


https://hal.campus-aar.fr/medihal-01378981
Contributeur : Valérie Legrand <>
Soumis le : mardi 11 octobre 2016 - 09:25:31
Dernière modification le : lundi 12 novembre 2018 - 15:05:42